Cities at Night : traduction française du livret pédagogique sur la pollution lumineuse et la science citoyenne

En mars 2022, le livret pédagogique Villes de Nuit — Projet science‑citoyenne pour localiser les sources de pollution lumineuse, édité dans le cadre du projet international Cities at Night, est désormais disponible en français. J’ai eu le plaisir d’en assurer bénévolement la traduction intégrale depuis l’anglais, pour rendre ce document accessible aux enseignants, aux élèves et aux collectivités francophones.

Le livret original a été rédigé par Lucía García Sánchez‑Carnerero et Alejandro Sánchez de Miguel, édité par Miguel Ángel Queiruga Dios, mis en page par Daniel Lisbona Rubira et publié par Ibercivis avec le soutien de la Fundación Española para la Ciencia y la Tecnología (FECYT), de l’Universidad Complutense de Madrid et de l’University of Exeter. Il est diffusé sous licence Creative Commons CC BY‑SA 4.0 ES, en accès libre et gratuit, sous la référence ISBN 978‑84‑15575‑12‑2.

Une rencontre par les réseaux, une démarche bénévole

Concepteur lumière attentif depuis longtemps aux travaux européens sur la pollution lumineuse, je suis le sujet bien au‑delà des frontières françaises. C’est sur Twitter que j’ai découvert ce document, partagé par l’équipe de Cities at Night. Le contenu m’a immédiatement paru précieux, mais il restait inaccessible à un public francophone et donc inexploitable dans les classes, les collectivités et les formations françaises.

J’ai pris contact avec les auteurs. Ils m’ont expliqué le cadre Creative Commons dans lequel le document circule, et j’ai proposé d’en assurer la traduction intégrale vers le français. Un travail bénévole, entrepris parce que le sujet me semble devoir être porté pour ce qu’il est : une question scientifique et d’aménagement nocturne, pas un slogan. Je précise par honnêteté que mon apport se limite strictement à la traduction : le contenu scientifique et pédagogique est entièrement celui des auteurs.

Ce que contient le livret pédagogique

Destiné à des élèves de 12 et 13 ans (classes de cinquième et de quatrième en France), le livret est structuré en deux parties complémentaires : un support pédagogique pour le professeur et un livret d’activités pour l’étudiant. L’ensemble offre un parcours complet pour comprendre et investiguer la pollution lumineuse en classe.

Page de titre du livret Villes de Nuit indiquant Jean‑Yves Soetinck comme traducteur français, projet Cities at Night sur la pollution lumineuse

La partie théorique définit d’abord ce qu’est la pollution lumineuse et en détaille les différents types : éblouissement, intrusion lumineuse, luminosité du ciel, charge mentale. Elle passe en revue les effets négatifs de la lumière artificielle nocturne sur la santé humaine (perturbation de la sécrétion de mélatonine, des rythmes circadiens, du sommeil), sur les écosystèmes et la faune nocturne, sur la consommation énergétique et sur l’observation du ciel étoilé. Elle aborde ensuite la question centrale pour tout concepteur lumière : comment installer un éclairage efficace, en traitant méthodiquement la puissance, l’efficacité lumineuse, la direction, la température de couleur, l’uniformité et les horaires d’utilisation. Les lampadaires de type « boule » y sont explicitement qualifiés d’extrêmement inefficaces, et le livret défend une règle simple que tout professionnel reconnaîtra : la lumière doit être dirigée vers le sol, jamais vers le ciel.

Infographie Cities at Night expliquant comment analyser la pollution lumineuse en trois questions sur l'orientation, la température de couleur et l'intensité des sources de lumière urbaine
Six capitales européennes photographiées depuis la Station spatiale internationale la même nuit dans le cadre du projet Cities at Night sur la pollution lumineuse

La seconde partie présente le projet Cities at Night lui‑même. Chaque jour, des astronautes à bord de la Station spatiale internationale photographient la Terre de nuit. Près d’un demi‑million d’images restent non catégorisées dans les archives de la NASA, ce qui les rend difficiles à exploiter scientifiquement. Le projet Cities at Night, et son application Lost at Night, invitent chacun à contribuer à l’identification et au géoréférencement de ces images, pour construire la première carte mondiale haute résolution de la Terre la nuit en couleur.

Madrid, Londres, Paris, Varsovie, Amsterdam, Berlin — six capitales européennes photographiées la même nuit depuis l’ISS. Les experts ont pu vérifier que Madrid est trois fois plus brillante que Berlin.

Un travail de science citoyenne à portée directe : c’est notamment par le croisement de ces images qu’a été mise en évidence l’augmentation de la pollution lumineuse provoquée par la transition vers les LED blanches froides, à rebours du discours qui présentait ces sources comme systématiquement plus vertueuses.

Le livret se conclut par six activités pratiques : choix d’un luminaire de jardin, inventaire domestique des sources lumineuses, construction d’un spectrographe maison à partir d’un CD, analyse de spectres, mesure colorimétrique d’une photographie de Berlin prise depuis l’ISS, et diagnostic d’images illustrant les différents types de pollution lumineuse.

Pourquoi cette traduction comptait pour moi

Je tiens à le dire sans détour : la démarche scientifique est pour moi la clé de voûte de la connaissance. Les enjeux de pollution lumineuse souffrent trop souvent d’être réduits à une opposition binaire entre ceux qui voudraient tout éteindre et ceux qui continueraient à éclairer sans mesure. La réalité du métier de concepteur lumière est ailleurs : dans l’ajustement, dans la sobriété choisie, dans le respect de la trame noire, dans le refus du flot lumineux indifférencié comme dans celui de l’obscurité dogmatique. Et j’en avais déjà parlé ici. « Le candélabre qui cachait les lumières de la Ville »

Former des élèves à regarder une image satellite de nuit, à comprendre ce que révèle une tache orangée au‑dessus d’une zone commerciale, à distinguer un éclairage maîtrisé d’un débordement, à mesurer eux‑mêmes une température de couleur ou à construire un spectrographe avec un CD, c’est leur donner des outils pour penser par eux‑mêmes. Cette pédagogie par la donnée et l’observation me paraît bien plus solide qu’un discours, quel qu’il soit. Éclairer, c’est sculpter de l’ombre ; cela suppose d’abord d’en comprendre la matière, et la meilleure manière de la comprendre reste encore de l’observer et de la mesurer.

Télécharger le livret

Le livret pédagogique traduit est disponible gratuitement, en accès libre, sous licence Creative Commons CC BY‑SA 4.0 ES :

Le document peut être partagé, copié et réutilisé en milieu scolaire ou associatif, dans le respect de la paternité des auteurs.

Crédits

  • Auteurs : Lucía García Sánchez‑Carnerero, Alejandro Sánchez de Miguel
  • Édition : Miguel Ángel Queiruga Dios
  • Mise en page : Daniel Lisbona Rubira
  • Traduction française : Jean‑Yves Soetinck, concepteur lumière, fondateur de L’Acte Lumière
  • Éditeurs et partenaires : Ibercivis, FECYT, Universidad Complutense de Madrid, University of Exeter
  • ISBN : 978‑84‑15575‑12‑2
  • Licence : Creative Commons CC BY‑SA 4.0 ES