Pour le quai Perrière, à Grenoble, la lumière publique a été conçue autour d’un mobilier original plutôt que comme une infrastructure subie.
Études en 2011, mise en service en 2014, toujours en fonctionnement aujourd’hui : 800 mètres linéaires traités entre les Casemates et le pont Gontard, dans le cadre du plan d’aménagement Coeur de Ville de la Ville de Grenoble.
Budget travaux éclairage : 900 000 € HT sur une opération globale de 7 millions d’euros.
Isolé du centre par l’Isère, accolé aux contreforts de la Bastille, le quai Perrière est vivant, animé par ses terrasses de restaurants, au point d’être surnommé « le Quai des Pizzerias ». L’Acte Lumière y a refusé l’alignement rectiligne attendu sur une séquence pourtant particulièrement contrainte (façades, terrasses, stationnement, chaussée, piste cyclable, mur perré) pour assumer une scénographie organique, dissymétrique, et faussement désordonnée.
La référence est explicite : la retraite aux flambeaux, le défilé de lampions.
Un signal habité, pas une ligne d’éclairage public. Cette posture a appelé la création d’un mobilier dédié. Jean-Yves Soetinck a conçu deux familles de luminaires sur mesure, fabriqués en partenariat avec Technilum et Rohl. Le mat Treepode (21 mats et 38 consoles), en aluminium effilé à bras inclinables sur rotules, cite la silhouette des arbres et de leurs ramures. Le luminaire Lampion (80 unités), une lanterne à double feu qui assure simultanément un éclairage public fonctionnel des chaussées en blanc 3000 K et une animation chromatique RVB de sa vasque diffusante.
Éclairer, c’est sculpter de l’ombre, mais c’est parfois aussi accepter le désordre comme matériau de composition. Des années après la mise en service, le projet tient sa promesse : la rive vit, les terrasses sont habitées, le signal est lisible depuis le quai opposé, l’identité est connue de tous. Une démonstration que la rigueur d’un concepteur lumière peut produire de la fantaisie urbaine assumée.